Google builds Austrian data centre that could consume 7% of the country's electricity
Google is building Austria's first hyperscale data centre on the outskirts of the small village of Kronstorf, two hours from Vienna. At full capacity, the facility could consume the equivalent of 7% of Austria's total electricity demand — more than all Viennese households combined. A local opposition group, led by IT expert Harald Müllner, is fighting to block the project's expansion over energy and sovereignty concerns.
Full text
KRONSTORF, Autriche — Un village paisible niché dans les contreforts des Alpes pourrait bientôt consommer plus d’électricité que l’ensemble des foyers viennois.
Tout cela, c’est grâce à Google.
Le géant américain construit le premier centre de données hyperscale d’Autriche à la périphérie de la petite commune de Kronstorf, située à deux heures de route de la capitale. A terme, ce site pourrait consommer l’équivalent de 7% de la demande actuelle en électricité du pays.
Une résistance croissante pourrait toutefois venir contrecarrer les ambitions de l’entreprise. Un groupe d’opposants locaux — inquiets de la consommation énergétique vorace du centre de données et méfiants face à la mainmise d’un mastodonte américain de la tech — se bat pour empêcher son extension.
“Nous voulons vraiment leur donner du fil à retordre”, assume Harald Müllner, un expert en informatique originaire de Linz, une ville voisine, et qui a cofondé un collectif local regroupant des scientifiques, des artistes et des militants opposés au centre de données. “Ils doivent comprendre que ça ne convient pas à la population.”
Leurs manifestations et leurs pétitions contre les projets de Google reflètent une tendance observée de l’autre côté de l’Atlantique, où les démocrates surfent sur une vague croissante de rejet à l’égard des centres de données à l’approche des élections de mi-mandat américaines de cette année. Le président Donald Trump, quant à lui, a pris le parti des Big Tech, affirmant lundi dans un post sur son réseau social que les communautés s’opposant aux datacenters “finiront par être arriérées et pauvres”.
En Europe, des militants s’attaquent à des projets en France , tandis qu’en Italie , les habitants manifestent contre certains projets. En Irlande, où les centres de données consomment déjà un cinquième de l’électricité totale, les opposants ont tenté — sans succès — d’en faire bloquer la construction devant les tribunaux.
Mais jusqu’à présent, les inquiétudes suscitées par les centres de données en Europe se sont heurtées à la crainte des gouvernements de voir le continent prendre du retard par rapport aux Etats-Unis et à la Chine dans la course à l’intelligence artificielle.
“Nous ne pouvons pas réclamer une plus grande souveraineté européenne en matière d’IA, tout en dressant sans cesse de nouveaux obstacles qui entravent l’infrastructure même sur laquelle elle repose”, a déclaré Elisabeth Zehetner, secrétaire d’Etat autrichienne à l’Energie, à propos des demandes visant à renforcer la réglementation des centres de données de grande envergure, comme celui de Kronstorf.
L’Union européenne prévoit de tripler la capacité de ses datacenters d’ici 2035. Bruxelles et les gouvernements nationaux se sont engagés à lever les obstacles réglementaires qui freinent l’essor de l’intelligence artificielle, tout en affirmant que celle-ci peut être soutenable.
Les militants autrichiens demeurent sceptiques. “Un centre de données hyperscale n’est pas durable par nature. Il est tout simplement gigantesque”, estime Christina Gruber, écologiste spécialiste des eaux douces qui milite contre le datacenter de Kronstorf.
“Il y a tellement de facteurs : la conversion des terres arables, cette soif extrême d’énergie, la consommation d’eau”, poursuit-elle. “Et la question bien plus importante qui plane sur tout cela est tout simplement : ‘Dans quel but ? Est-ce que ça en vaut la peine ?’”
Des libellules et une grenouille
Lorsque Harald Müllner et Christina Gruber se garent devant l’immense chantier par une journée caniculaire du mois d’août, un flot ininterrompu de camions sort par le portail principal, transportant les débris déblayés par une douzaine de pelleteuses.
Un étang situé à l’entrée du chantier, destiné à servir de refuge à la faune sauvage, a été surnommé le “biotope Google”. | Zia Weise/POLITICO
Des grues dominent une salle de serveurs à moitié achevée. Des piles de panneaux métalliques, de barres d’armature et de tuyaux en béton cuisent au soleil. Un peu plus loin sur la route, là où l’Enns se jette dans le Danube, des stations de pompage sont prêtes à prélever l’eau de refroidissement destinée au nouveau centre de données.
Le nom de Google n’apparaît nulle part. Le seul indice laissant supposer que le géant américain est à l’origine de la poussière qui s’envole au-dessus de l’autoroute voisine est un petit panneau “défense d’entrer” accroché à la clôture, aux couleurs emblématiques de l’entreprise.
Pourtant, Google est partout. Lorsque les travaux ont débuté en avril, les élus locaux ont célébré l’événement avec un Bundt cake, connu localement sous le nom de “ gugelhupf ”, rebaptisé “Googlhupf” pour l’occasion. Les habitants appellent la forêt située en face du chantier, que l’entreprise a aidé à planter, la “forêt Google” ; un petit étang près de l’entrée, une très grande flaque d’eau abritant une poignée de libellules et une grenouille solitaire, a été surnommé le “biotope Google”.
Le géant américain affirme prendre des mesures pour compenser l’impact environnemental de ce centre de données. L’entreprise va recouvrir le toit du bâtiment de panneaux solaires et créer un fonds destiné à améliorer l’écosystème fluvial local, détaille Michiel Sallaets, responsable de la communication en Europe chez Google pour les infrastructures techniques.
“ Greenwashing ”, réplique Harald Müllner.
Les deux militants s’inquiètent pour l’Enns, qui assurera à la fois le refroidissement du centre de données et recevra les eaux usées réchauffées. “Tout rejet d’eau chaude altère l’habitat et cause un stress supplémentaire aux espèces qui y vivent”, pointe Christina Gruber.
Google affirme qu’il n’y a aucune raison de s’inquiéter. “Les rapports d’experts indépendants réalisés dans le cadre de la procédure d’autorisation montrent également que l’impact du centre de données sur la température de l’Enns est négligeable”, assure Michiel Sallaets.
Ce qui irrite les militants, c’est que, malgré les répercussions potentielles, la loi autrichienne ne prévoit pas que le projet de datacenter fasse l’objet d’une étude d’impact environnemental exhaustive.
“Il faut modifier la loi”, plaide Christina Gruber. La construction d’une éolienne nécessite une étude d’impact environnemental, alors que les centres de données en sont exemptés, compare-t-elle.
Les responsables politiques de gauche se sont emparés de l’affaire Kronstorf pour réclamer une révision de la loi. Les sociaux-démocrates, qui font partie du gouvernement de coalition autrichien, souhaitent désormais soumettre les centres de données à des études d’impact environnemental. Ils bénéficient du soutien des Verts, dans l’opposition , mais le Parti populaire (de centre droit), qui dirige le ministère de l’Energie, s’oppose à un renforcement de la réglementation .
Google “a fait toutes les procédures requises”, souligne Michiel Sallaets. L’entreprise “se comportera en voisin bon et transparent”, promet-il.
Une infrastructure très gourmande en énergie
La principale préoccupation des opposants toutefois concerne l’énergie.
Un poste électrique situé à proximité du chantier est en cours d’agrandissement afin de répondre aux besoins considérables en électricité du centre de données. | Zia Weise/POLITICO
La première phase du projet prévoit une demande en électricité de 150 mégawatts par heure, qui passerait à 500 si Google décidait d’agrandir le site. Les datacenters fonctionnant 24 heures sur 24, le site devrait consommer 1,31 térawattheure au cours de la première phase, d’après Austrian Power Gridutrichien et le gestionnaire de réseau d’électricité de Haute-Autriche.
Ce chiffre s’élève à 4,4 térawattheures dans le cadre des projets d’extension. L’ensemble des foyers de Vienne, une ville de 2 millions d’habitants, consomme environ 3,4 térawattheures.
Contrairement aux Etats-Unis, où de nombreuses entreprises ont installé sur place des générateurs fonctionnant aux énergies fossiles, le centre de données de Kronstorf est raccordé au réseau électrique national. L’Autriche est alimentée à près de 90% par des énergies renouvelables — une raison centrale pour laquelle Google a choisi cet emplacement, l’entreprise ayant pour objectif de faire fonctionner ses datacenters à l’électricité verte d’ici 2030.
Mais les opposants craignent que la production d’énergie renouvelable en Autriche ne soit pas en mesure de suivre le rythme. Le pays dépend en effet de l’énergie hydroélectrique, qui est vulnérable à la sécheresse. Au cours de cet été sec, la production hydroélectrique a chuté de près d’un tiers .
Compte tenu du changement climatique, “ça ne va pas s’améliorer”, anticipe Harald Müllner. “Nous observons une tendance parallèle : nous consommons davantage d’électricité tout en en produisant moins.”
Les locaux craignent également que le centre de données n’entraîne une hausse des prix de l’électricité, comme cela s’est produit en Irlande et aux Etats-Unis, ajoute Christina Gruber.
Il y a un risque de hausse des prix si l’Autriche ne compense pas les besoins énergétiques du centre de données par des énergies renouvelables supplémentaires, selon Christoph Dolna-Gruber, expert à l’Austrian Energy Agency, qui conseille le gouvernement et les compagnies d’électricité.
“Lorsque la demande augmente, mais que l’offre ne parvient pas à suivre, le prix de l’électricité augmente naturellement lui aussi”, explique-t-il, tout en précisant que l’intégration étroite de l’Autriche au marché européen de l’énergie rend difficile toute estimation de l’ampleur de cette hausse.
Bien qu’il soit raccordé au réseau électrique autrichien, qui produit une énergie propre, le datacenter de Kronstorf ne sera pas neutre en carbone : les plans de Google prévoient l’installation d’énormes générateurs diesel pour assurer son fonctionnement en cas de coupure de courant. Bien que cela soit rare en Autriche, ces générateurs doivent être mis en marche régulièrement pour des essais, remarque Christoph Dolna-Gruber.
Idéalement, le gouvernement devrait exiger des exploitants de centres de données qu’ils contribuent au développement des énergies propres, estime-t-il.
Dans une déclaration adressée à POLITICO, le ministère autrichien de l’Energie et de l’Economie a assuré que le réseau électrique était en mesure de prendre en charge ce nouveau datacenter . “En principe, a-t-il ajouté, l’expansion des centres de données doit aller de pair avec le développement des énergies renouvelables, des réseaux à haute capacité, des systèmes de stockage et de la flexibilité.”
L’Europe d’abord
Il y a une autre raison pour laquelle les militants autrichiens s’opposent au datacenter de Kronstorf : Google est une entreprise américaine.
Si vous effectuiez une recherche sur Google pour savoir où construire un centre de données en Autriche, imagine Harald Müllner, la périphérie de Kronstorf figurerait parmi les premiers résultats : une plaine idéale pour la construction, de l’eau de rivière disponible pour le refroidissement du site et un immense poste électrique juste à côté.
Alors pourquoi, demande-t-il, ce projet n’a-t-il pas au moins été confié à une entreprise européenne ? “Les Américains prennent les meilleurs emplacements, et nous devons ensuite construire des lignes électriques vers des sites moins attractifs, déplore Harald Müllner. Nous les avons laissés faire.”
Google affirme que son projet permettra de créer une centaine d’emplois. Mais les militants soutiennent que le centre de données réinjectera ses bénéfices aux Etats-Unis et ne profitera pas à l’économie locale.
“Ils utilisent notre énergie. Mais nous ne savons tout simplement pas où vont les recettes”, soulève Harald Müllner.
Le ministère autrichien de l’Economie a souligné que des entreprises telles que Google “peuvent apporter une contribution importante à la région grâce à leurs investissements, aux contrats passés avec des entreprises locales et à leurs infrastructures de pointe en matière de cloud et d’intelligence artificielle”.
Si les questions relatives à l’énergie et à l’environnement doivent être “examinées avec soin”, a ajouté le ministère, “un rejet systématique de ces projets n’est pas justifié”.
Les travaux à Kronstorf étant déjà bien avancés, Christina Gruber estime qu’il n’est pas réaliste d’essayer de mettre fin au projet dans son ensemble. Elle et Harald Müllner concentrent leurs efforts sur l’extension — la deuxième phase qui triplerait la consommation énergétique du centre de données.
Elle espère que leur action servira d’avertissement aux autres géants américains de la tech. Les militants se préparent déjà à lutter contre de nouveaux projets dans l’est du pays.
“Une chose que nous avons déjà accomplie, conclut-elle, c’est que cela ne sera pas aussi facile pour les suivants.”
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.
Similar stories
💻 Technology
US residents rebel against AI data centres over noise, water and energy use
Interia Fakty · 3d ago
Similar stories
💻 Technology
US residents rebel against AI data centres over noise, water and energy use
Interia Fakty · 3d ago
Should local communities have the right to block data centre projects from companies like Google?
Comments
No comments yet
Comments
No comments yet — be the first to weigh in 👇
No comments yet. Be the first!